J’ai rencontré Anthony à Bali, à travers Instagram. On s’est donné rendez-vous au coucher de soleil pour échanger nos visions du travail, de l’entrepreneuriat et du monde de l’entreprise. Ce qui devait être une rencontre rapide s’est transformée en une discussion passionnante et ininterrompue de trois heures, où chacun avait l’impression de s’entendre mutuellement parler à chaque intervention ! Anthony m’a vraiment marquée, par son côté visionnaire, son courage d’avoir osé très jeune et son intelligence du monde. 

Hello Anthony, peux-tu te présenter rapidement ?

 

J’ai 29 ans, je suis originaire de l’île de la Réunion, Saint-Denis plus précisément, en ce moment je travaille entre Paris, le Pays de la Loire et les Pyrénées Atlantiques. Profession entrepreneur consultant nomade, j’accompagne le changement par l’innovation sur les thématiques suivantes : futur du travail et futur de l’éducation.

 

 

Je suis co-fondateur d’une startup, Omni Design, qui fait du mobilier ultra-modulable pour repenser les espaces d’apprentissage (salles de classe, formation) et de travail (bureaux, coworking, coliving). Notre produit phare est un bureau design et pas cher qui permet plusieurs positions : table basse, bureau assis, debout, incliné et même paperboard. Notre mobilier éco-conçu est made in france et propose également une solution ergonomique aux personnes en situation de handicap #accessibilité. Il sera bientôt assemblé par des ESAT avant et nous sommes très fiers du volet social de notre bureau modulable.

 

Tu n’as jamais été vraiment dans le moule et tu t’en est rendu compte très tôt. Comment ce processus a-t-il mûri en toi et t’as poussé à rejeter le schéma classique ?

 

D’abord il a fallu que je passe l’étape des 12 ans d’éducation nationale jusqu’au bac, “car sans le bac tu ne fais rien dans la vie”. J’ai développé très jeune ma “compétence caméléon” qui me permet de m’adapter très vite à différents systèmes : l’école, les pays étrangers, les stages en entreprises etc. Même si cette compétence n’est pas une bonne stratégie à long terme puisque s’adapter ne veut pas dire s’intégrer, c’est l’une de mes plus grandes forces qui m’a notamment permis de maîtriser quatres langues…

Ensuite, je ne dirais pas que j’ai rejeté le schéma classique, je l’ai longtemps critiqué en ce qui concerne la partie éducation puisque je ne pouvais rien y faire à l’époque, mais pour le marché du travail et maintenant celui de l’éducation j’ai tout simplement décidé de devenir un acteur de changement. C’est ça le truc avec les systèmes, difficile de le rejeter mais on peut les influencer de l’intérieur, d’abord comme signal faible puis comme signal fort si notre approche plaît jusqu’à changer la norme.

 

Quel a été ton parcours à partir de cette prise de conscience ?

 

Après le bac, l’éducation supérieure a été un bol d’air frais car j’ai commencé à prendre plaisir en apprenant. Du coup j’ai multiplié les diplômes dans des sujets qui me passionnaient tels que le management, l’entrepreneuriat, la psychologie des organisations et le coaching. Puis, quand tous mes amis de promo étaient à l’étape candidature, entretiens et jobs dans de grandes entreprises j’ai fait Ticket For Change, un programme d’accompagnement pour entrepreneurs du changement. Un premier déclic qui m’a conforté dans ma volonté d’apporter “les new ways of working” #NWOW et les “new ways of learning”.

J’ai alors créé Inno’Van, un vrai van Volkswagen qui se déplace dans les organisations pour les aider à repenser leur méthodes de travail en facilitant la prise d’initiative, en libérant la créativité et en structurant le passage à l’action avec les méthodes éprouvées par les start-up. J’ai alors travaillé avec beaucoup d’entreprises du CAC40 (EDF, ACCOR, ORANGE, etc.) et des écoles de commerce. J’ai pu développer ma propre méthodologie,  le Change Do It Yourself et j’ai également entamé la co-rédaction d’un livre sur le changement comportemental dans les organisations par l’innovation avec mon ancien maître de mémoire, docteur en psychologie du travail, Emmanuel Wassouo.

 

 

Être nomade me permet de devenir ambassadeur de plusieurs nouvelles approches, de tendances que je peux tester, expérimenter et partager ensuite avec ma communauté. J’ai notamment essayé le coliving au Nicaragua, à Bali, en France, un mode de vie collaboratif qui mêle vie privée et réseau professionnel permettant l’émergence, l’inspiration, l’entraide et l’apprentissage.

Le Nomad Cruise, croisière destinée aux entrepreneurs nomades, représente une belle alternative aux formations et séminaires en tout genre puisque cela mêle vacances, formations, animations, et partage d’expériences.

 

 

La Green School à Bali, devient un modèle de formation pour les nouvelles générations. Ces méthodes de travail et d’apprentissage évoluent très vite dans le monde, mon métier est d’aider les organisations à s’en emparer, à leur échelle et avec leurs moyens.

 

Quel est ton métier aujourd’hui ou plutôt de quoi vis-tu ?

 

Comme je l’expliquais, j’ai plusieurs activités. Je suis consultant freelance pour les entreprises et les écoles supérieures afin des les accompagner dans les nouvelles façons de travailler et d’apprendre. Je suis notamment responsable du Tomorrowers Factory Lab de l’ESC Pau BS en France, une école qui souhaite transformer l’éducation afin qu’elle forme des citoyens acteurs d’un futur du travail à impactpositif (#Tomorrowers©).  Une mission pleine de sens dans laquelle j’ai l’immense honneur d’apporter mes compétences et ma joie de vivre. J’explique en détail cette activité dans le Podcast Young, Wild & Freelance

 

 

Je suis également co-fondateur de la startup Omni Design, concepteur de mobilier, qui intégre la modularité dans tous les espaces d’apprentissage et de travail afin que le mobilier s’adaptent aux individus et pas l’inverse. Chacun doit pouvoir apprendre et travailler comme il le souhaite : assis, debout, contre le mur etc.

J’ai un cours en ligne Startup My Life Today qui permet de se former aux compétences du 21ème siècle pour penser comme un designer et agir comme un entrepreneur. Il est destiné à ceux qui souhaitent se lancer dans une activité entrepreneuriale ou freelance mais qui ne savent pas quoi faire ou comment commencer.

Je partage mon mode de vie et mes apprentissages au travers de ma marque @KilometersOfLife.

 

 

Qu’aimes-tu le plus dans cette vie ?

 

La liberté, la possibilité de créer le job de mes rêves en lien direct avec mes talents et mes valeurs, on parle aussi de “job crafting” mais c’est un mot américain car ce n’est pas dans notre culture. J’aime aussi le fait d’avoir un impact positif sur les organisations et sur les individus qui la composent. Ce mode de travail me permet d’avoir une approche holistique des problématiques que je traite et je crois que c’est ce qu’il y a de plus important.

 

 

Comment faire pour comme toi, suivre son instinct et se lancer dans l’entrepreneuriat avec peu de moyens ?

 

Je réponds de manière exhaustive à cette réponse dans mon cours donc je dirais qu’il suffit de commencer par mon e-book gratuit. Je dirais aussi qu’il est important de ne pas attendre la bonne idée. J’ai commencé à chercher la bonne idée sur les bancs de l’école avec mon cartable et mon goûter et j’y serais encore si je n’avais pas switché.

Il faut trouver le problème qu’on souhaite résoudre et idéalement en faire une passion. Ma passion, c’est le futur du travail et le futur de l’éducation. J’adore comprendre les organisations, leur psychologie et les aider à s’adapter au monde d’aujourd’hui. C’est à ce problème que j’apporte des solutions à travers tous mes projets.

 

 

Tu es coach et intervenant sur les notions d’entrepreneuriat et de nomadisme digital : que conseillerais-tu à ceux qui souhaitent vivre différemment, plus librement ?

 

Je ne suis pas un aficionado de l’approche “Just do it”, “go hard or go home” etc. Je dirais que ce mode de vie crée beaucoup de liberté mais je ne suis pas sûr qu’il convienne à tout le monde. Il est important de trouver sa propre balance. Le mieux c’est de prototyper. Allez passer deux mois à Bali, puis trois, puis quatre ou encore trouvez un premier client en freelance et réalisez la mission jusqu’au bout avant de prendre des décisions importantes pour votre avenir professionnel…

Souvent notre cerveau propose des solutions radicales à des problèmes simples : “pourquoi ne pas tout quitter si mon manager ne reconnait pas mon travail?!”. Typiquement, il s’agit d’un problème de communication/assertivité et pas de géographie. Ce que je souhaite faire passer comme message c’est que la vie d’entrepreneur a un coût social et personnel qu’il faut savoir gérer. Ce coût est encore plus élevé en tant que nomade. Il est important d’en avoir conscience et de ne pas se baser sur des représentations qu’on se fait de ce mode de vie.

D’ailleurs ces représentations sont accentuées par les réseaux sociaux, qui souvent, ne sont pas tout à fait représentatives de la réalité du terrain.

 

 

A ton avis, comment le monde corporate va-t-il évoluer selon toi sous l’impulsion des nouveaux modes de travail ?

 

Je suis sûr d’une chose, c’est que le monde corporate ne va pas s’adapter seul. Le travail de création de contenu et de mise en lumière est très important pour expliquer pourquoi les talents sont de moins en moins attirés par les grosses structures. On vit dans un monde d’influence, si les grandes entreprises en avaient beaucoup en ce qui concerne la construction collective de la représentation du succès, on atteint un point de bascule avec les influenceurs instagram, infopreneurs, startuper qui montrent de nouvelles manières d’exprimer ses talents et de réussir.

J’étais récemment à Vivatech et tous les grands groupes s’entourent de start-up, la marque employeur devient un sujet brûlant. Je pense que les corporates l’ont compris et un certain nombre d’initiatives existe déjà pour accueillir les “news ways of working” avec une réflexion sur les espaces, l’innovation managériale ou encore le télétravail.

Cependant, un travail profond, structurel et comportemental est nécessaire pour s’adapter aux nouveaux codes qui viennent remettre en question le travail comme on l’a toujours connu.

 

 

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