J’ai rencontré Lise à Bali alors qu’elle venait de se lancer dans le digital nomadisme. Elle a eu un énorme coup de coeur pour l’île des Dieux et décidé de s’y installer quelques temps, en travaillant pour ses clients Français à distance. Avec Lise, on dépasse un peu le thème du portrait car elle est spécialiste de l’économie Freelance avec une vision bien précise du “Future of Work”. Experte du Freelancing à la fois côté indépendants et côté Entreprise, elle nous offre une bonne vision des enjeux qui sont à l’oeuvre en ce moment au niveau de la transformation du monde du travail. Bonne lecture !   

Hello Lise, peux-tu nous raconter un peu ton parcours ?

 

Hello Margaux ! 

Mon parcours est plutôt hybride : j’ai tenté de rester dans les clous le plus longtemps possible, mais le voyage s’est invité très tôt dans ma vie. 

À 17 ans, j’ai pris l’avion pour la première fois : direction les États-Unis pour une année d’échange linguistique. Je suis tombée amoureuse du voyage, mais pas n’importe lequel. Celui des découvertes culturelles et de l’immersion totale. J’ai trouvé le monde très beau, et j’ai noué des amitiés avec d’autres étudiants du monde entier. 

Je suis devenue accro et, une fois rentrée, il a été très difficile de reprendre un quotidien plus sédentaire. J’ai tenté l’Université une première fois, puis j’ai abandonné en cours d’année pour repartir voyager. 

Par la suite, j’ai intégré le programme France-Caraïbe de Sciences Po Bordeaux. J’ai étudié, par alternance, entre la France, la Martinique et la Jamaïque. Sans ce cursus, je ne pense pas que j’aurai pû tenir en place et faire 5 années d’études.  

Après quelques stages, j’ai vite réalisé que le salariat n’était pas fait pour moi. Je trouvais les cadres insoutenables. Il fallait se spécialiser, et j’ai besoin – pour être épanouie, de “toucher à tout”. 

J’ai commencé à faire quelques missions freelances (dans la traduction) puis j’ai co-fondé une agence de sous-titrage en ligne. Pendant 3 ans, j’ai tout appris : entrepreneuriat, recherche de financements, vente, marketing, gestion de projet … et surtout, j’ai coordonné le travail de centaines d’indépendants. 

Lorsque cette petite boîte a pris son envol (elle a été rachetée), j’ai tenté le salariat. J’ai tenu 4 mois. Quand on a goûté à la liberté, il est difficile de faire machine arrière. 

J’ai donc voyagé pour faire le point, et j’en ai conclu qu’être indépendante était la prochaine étape. Je suis aussi devenue digital nomad, d’abord à temps partiel puis à temps quasi-complet. Je me suis retrouvée au travers de cette expérience.

Je suis donc une freelance “boomerang” : j’ai débuté par ce mode de vie, et j’y suis (vite) revenue. Selon moi, être travailleur indépendant est la meilleure façon d’être libre dans sa vie professionnelle. 

Au fil du temps, j’ai été contactée pour diverses missions autour de l’économie freelance. Je me suis lancée comme consultante et formatrice.  

La Minute Freelance est ainsi née :) 

 

Qu’est-ce que « La Minute Freelance » et en quoi cela aide à la fois les freelances et les entreprises ? 

 

La Minute Freelance, c’est mon école dédiée à l’économie freelance :) 

Je voulais d’abord aider les indépendants à trouver les clients de leur rêve. J’ai vite compris qu’il fallait aussi impliquer tous les acteurs pour que le futur du travail soit une réussite. 

 

 

Par conséquent, j’accompagne également les entreprises pour qu’elles puissent trouver, intégrer, gérer et fidéliser leur écosystème de freelances.

Ce projet, je l’ai porté avec le coeur. Tout d’abord, parce que le salariat ne fait plus sens selon moi. Ensuite, parce que je vois trop de professionnels en quête de liberté, et qui n’arrivent pourtant pas à se lancer (par manque de connaissances et/ou de premières opportunités). 

Ma mission est donc – à ma petite échelle – de faciliter une économie où ceux qui voudront devenir indépendants auront toutes les chances. Je travaille à cela un client à la fois. 

 

Quels sont les freins sur lesquels travailler aujourd’hui pour une meilleure collaboration entre clients et indépendants demain ? 

 

Je pense qu’il faut distinguer le recrutement de salariés vs. celui des freelances. 

La plupart des entreprises se comportent de la même façon avec tous leurs talents, alors que les deux approches sont complètement opposées. 

Avec un salarié, l’entreprise investit sur le très long terme. Des évolutions de carrière seront à prévoir. Le plus important, c’est la capacité de progression et la motivation. De toute façon, il faudra investir dans la formation pour continuer d’adapter son organisation aux évolutions de son marché. 

Quant aux freelances, il sont (normalement) recrutés pour leur expertise et pour un besoin ponctuel. Trop souvent, les clients veulent garder le contrôle plutôt que de laisser ces professionnels guider la mission.

De même, demander un CV ou faire des entretiens de motivation n’a aucun sens. Il ne devrait pas non plus y avoir de rapport hiérarchique : l’indépendant travaille avec l’équipe à égalité, main dans la main. Ce qui doit être vérifié, c’est sa capacité à délivrer une expertise. Cela s’observe avec un portfolio, des références ou un premier projet “test”. 

Pour autant, les entreprises doivent se préoccuper de leurs prestataires externes. La meilleure façon de le faire, c’est de former un Chief Freelance Officer qui prendra soin de cet écosystème freelance. 

Bref, tout reste encore à faire. Fort heureusement, le thème de l’économie freelance est passionnant et intéresse les professionnels des ressources humaines.

Les clients que je rencontre sont bienveillants et ont à coeur d’offrir les meilleures conditions possibles à leurs indépendants. J’espère que cette observation est une tendance pour toute l’industrie. 

 

Dans la même veine, comment vois-tu évoluer le monde du travail dans les prochaines années ? 

 

Je pense que le travail sera de plus en plus épanouissant. 

Grâce aux nouvelles technologies, nous pourrons nous concentrer sur la collaboration, l’expertise, la transmission et la créativité. 

Le temps de travail va considérablement chuter. Dans le futur, nos journées de minimum 8 heures seront considérées comme une aberration. Déjà, parce que personne ne peut être concentré autant de temps derrière un écran. Ensuite, parce qu’il n’y a pas besoin d’humain pour remplir des tableaux excel, traiter des e-mails ou analyser de la donnée. 

Aujourd’hui, on fait beaucoup de tâches manuellement car il faut nous occuper, pendant toutes ces heures, pour mériter notre salaire. 

Selon moi, le rapport entre le travail et l’argent va vraiment évoluer. C’est une nécessité. J’imagine un revenu universel, une journée de travail de 3 heures tout au plus, et la possibilité de choisir une activité épanouissante. Les robots feront le reste :) 

 

 

On parlait ensemble de la valeur du travail et du fait que beaucoup de freelances se sentent illégitimes et facturent trop peu. Quels conseils leur donnerais-tu ? 

 

Avant toute chose, je pense que chaque freelance gagnerait à “coacher” ses clients sur les réalités du travail indépendant. 

Travailler avec un indépendant, c’est faire le choix de la flexibilité. C’est le fait de recruter à la carte qui apporte une belle économie. Pour autant, le coût du travail “horaire” n’en est pas moins cher. 

En effet, la rémunération perçue inclus les charges sociales, mais aussi des provisions pour le temps passé à prospecter, à effectuer des démarches administratives, à se former et … à prendre ses congés. Les freelances aussi méritent des vacances. 

Je conseille également aux entrepreneurs individuels de prendre en compte tous ces critères pour fixer leurs tarifs. L’exercice n’est pas simple, c’est l’une des questions que l’on me pose le plus souvent.

Pour donner un coup de pouce aux freelances, j’ai donc créé une calculatrice de taux horaire pour comprendre le montant à facturer afin de se rémunérer correctement. 

C’est un petit outil pratique qui permet d’évaluer si on est sur la bonne voie, ou s’il faut rectifier le tir. 

Enfin, il faut absolument se convaincre qu’être freelance ne veut pas dire être précaire. Il est possible de bien gagner sa vie dans des conditions agréables. Bien souvent, on pense que les deux ne sont pas compatibles. C’est lié à notre rapport à l’argent et à notre propre psychologie plus qu’à une réalité de marché. 

 

 

On a aussi parlé de la difficulté d’un freelance à mener une carrière avec les mêmes chances qu’en entreprise. Quelles sont pour toi les clés d’une bonne gestion de carrière pour un indépendant ? 

 

C’est une des plus grandes difficultés pour les indépendants. Les prochaines étapes, dans leurs carrières, sont plutôt floues.

En entreprise, il existe un mentorat naturel entre pairs et la possibilité d’évoluer soit en changeant de poste régulièrement (et donc en gagnant en expertise), soit en devenant manager d’équipes de plus en plus larges (de l’opérationnel au stratégique). 

Lorsque l’on est indépendant – et donc recruté pour son expertise – chaque progression nécessite la confiance d’un client qui acceptera d’être le “premier” projet du genre pour le freelance. 

Selon moi, la gestion de carrière passe donc par 3 facteurs importants : 

  • prendre en main son avancée professionnelle en se formant, et en établissant un petit “plan de carrière” ; 
  • construire des relations de qualité avec certains clients qui deviendront aussi des mentors, amis et “investisseurs” de notre futur ; 
  • réaliser des projets personnels pour tester de nouveaux outils ou grandir en compétences, et avoir des résultats concrets à montrer. 

Autre option : faire des aller-retours entre indépendance et salariat (pour ceux qui n’y sont pas allergiques). 

 

Tu exerces ton métiers presque exclusivement à distance. Qu’est qui a motivé ce choix et pourquoi c’est « ta vie de rêve » ? 

 

En effet, j’ai un vrai besoin d’être à distance, libre de mes horaires, outils et bureau du jour. Même si je n’étais pas nomade, j’opterais pour le télétravail. 

Ma plus grande motivation, c’est mon besoin de liberté. L’idée qu’on puisse m’imposer un rythme fixe m’est insoutenable. Le peu de fois où je l’ai expérimenté, j’ai eu l’impression d’être privée de vie. Devoir demander l’autorisation pour partir plus tôt et aller chez le médecin, par exemple, est selon moi très aliénant. D’ailleurs, c’est écrit dans chaque contrat de travail, noir sur blanc : l’employé est subordonné. Travailler sur place, chez le client, biaise la dynamique dans un simili-salariat.  

Je travaille beaucoup plus en tant que freelance que si j’étais salariée, mais mes conditions de vie 80% nomades sont tellement agréables que j’ai l’impression d’être en vacances toute l’année. Je me sens en pleine forme, j’ai du temps pour mes loisirs, ma vie sociale et très riche et – par dessus tout – mes clients sont ravis des résultats. 

Ce qui m’inspire et m’aide à être productive, c’est aussi d’avoir un quotidien varié. Je navigue entre espaces de co-working et cafés cozy aux quatre coins du monde. De faire des pauses dans des studios de yoga ou à la plage. De rencontrer des personnes inspirantes et de cultures différentes. 

 

 

Liens utiles : 

 

La Minute Freelance : https://laminutefreelance.fr 

Pages de cadeaux pour freelances : https://laminutefreelance.fr/freebies-la-minute-freelance/

Instagram : https://instagram.com/laminutefreelance

LinkedIn : https://www.linkedin.com/in/liseslimane/

 

 

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